Le Laury : Passage en force et déni de démocratie

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Le chemin du Laury à Jamioulx et le sentier qui le prolonge font partie de la mémoire collective depuis plus d’une centaine d’années et sont pratiqués autant par la population locale que par les promeneurs des communes voisines ou plus lointaines. Avec l’assentiment de propriétaires précédents, ces voiries n’ont jamais posé de problèmes de praticabilité et offrent la possibilité de longer l’Eau-d’Heure en découvrant un biotope et un paysage typiques de fond de vallée, à la fois agricole, rivulaire et sylvestre. C’est donc peu dire que la population y est très attachée.
Le chemin historique du Laury.

Rappel des faits

En 2011, une société rachète une ancienne ferme et demande un permis de bâtir pour transformer le bâtiment en logement. Lors de la procédure, un plan de déplacement du chemin du Laury est ajouté discrètement, et ce, au mépris de toutes considérations légales. Aucune procédure de déplacement de voiries n’est envisagée et la population n’est donc pas consultée via une enquête publique.

À partir de ce moment-là, ce n’est qu’une longue suite de faits litigieux contre la population locale et les nombreux randonneurs : détournement illégal, dissuasion par de nombreux panneaux routiers en tous genres, barrières et clôtures disgracieuses, plantations exotiques faites en dépit des règlements concernant les zones naturelles, intimidations de citoyens locaux et des randonneurs, dissuasions et tracasseries juridiques en tout genre. Et tout cela avec la complaisance non dissimulée du Collège communal et sans aucune réaction de la part de la police communale ou du DNF (Département de la Nature et des Forêts). Il s’agit pourtant de servitudes certaines dont la commune peut même sans problème en revendiquer l’assiette vu qu’elle les entretenait depuis longtemps.

Les années qui suivent démontrent que le Collège communal, loin de vouloir défendre la volonté de sa population, se range systématiquement du côté du propriétaire protégeant envers et contre tout cet acte d’accaparement d’un haut lieu d’intérêt public au bénéfice d’une seule personne. Pour quelles raisons un tel acharnement à refuser de défendre le bien commun ? On se pose encore la question aujourd’hui.

Les nostalgiques de la vallée d'antan apprécieront la qualité paysagère du tracé « Socralvi » au départ de la source.

Un jugement et une enquête publique

Face à ce passage en force et ce déni de démocratie, un groupe d’habitants « Les amis de la Vallée du Laury » associés aux Sentiers de Grande Randonnée et à Itinéraires Wallonie vont en justice. Après une procédure de plusieurs années, un jugement est donné en leur faveur : le tracé historique doit être rétabli avec une petite adaptation pour l’éloigner de la maison du propriétaire. Le jugement doit être appliqué sous menaces d’astreintes. La patience est payante et la Justice est rendue.

Malgré le jugement, le Collège communal n’en démord pas et refuse toujours d’admettre cette évidence : le chemin du Laury était bien une servitude publique depuis le début. Il n’hésite pourtant pas à jouer la schizophrénie juridique pour persévérer dans son refus de respecter la volonté de la population. D’un côté, il conteste toujours le caractère public et défend envers et contre tout son action depuis des années et d’autre part, organise enfin l’enquête publique tant attendue, admettant de facto le caractère public des voiries contestées.

On ne compte plus les tentatives de manipulation et de justifications fallacieuses en tous genres de sa part, la dernière en date étant cette fausse pétition (qualifiée d’ « incomprise » par M. Binon) organisée par un échevin laissant croire que les signataires, notamment au sein des mouvements de jeunesse défendent le tracé historique alors que c’est exactement le contraire. Est-ce un comportement digne d’élus censés représenter la population et défendre l’intérêt général ?

Puisque la légalité n’est plus contestable suite au jugement, ce sont dorénavant des avis d’ordre personnel qui servent de justification pour poursuivre le déni de démocratie. La méthode Coué est de mise et le nouveau tracé est forcément mieux et la majorité de la population est évidemment d’accord.

Une nouvelle tentative de manipulation se joue à nouveau : pour faire diversion, ce n’est pas une demande de modification qui est soumise à enquête publique, mais bien deux ! Il y a le tracé dit « Maes » qui suit le détournement par la passerelle et pour embrouiller les choses, un tracé « Socralvi » qui reprend un premier tracé négocié avant le jugement et dont finalement personne ne voulait. Nous verrons plus bas que tout ceci n’est pas innocent.

Pourtant, les faits sont têtus et le résultat de l’enquête publique est implacable : c’est bien le tracé historique qui recueille une écrasante majorité avec plus de 2000 avis en sa faveur. Le pouvoir communal ne prend aucune décision. Le dossier arrive finalement sur la table du ministre qui rappelle ses obligations légales à nos autorités locales.

La coûteuse passerelle a été imposée à la population et n'autorise pas le passage des cavaliers.

La réunion de concertation

Le 2 mars 2021 et comme la procédure le prévoit, une réunion de concertation réunit les parties. Au-delà des considérations esthétiques et pratiques souvent subjectives, il est de nouveau souligné que le détournement du Laury a été fait en dépit du cadre juridique et des procédures légales.

Les défenseurs du tracé historique expliquent qu’il semble évident que le tracé « Maes » ne compense en rien le tracé historique : quasi plus de contact avec la rivière, éloigné de la forêt, encaqué entre une ligne de chemin de fer et une rangée de conifères et plantations exotiques bouchant complètement le paysage, avec un relief trop abrupt, inondé par temps humide et longeant aussi une station d’épuration. Nous sommes très loin du paysage idyllique d’origine.

Le représentant d’Itinéraires Wallonie rappelle que le Laury a été agréé Sentier de Grande Randonnée (GR 129) par la Région wallonne et que le chemin est emprunté depuis de longues décennies par les sportifs et promeneurs. Certains riverains expliquent qu’ils ne peuvent plus rejoindre leur bien.

L’argument d’une meilleure praticabilité avancé par les défenseurs du tracé « Maes » ne tient pas non plus. La seule section posant problème sur le tracé historique n’a pas toujours été dans cet état et c’est délibérément qu’il n’a plus été entretenu. Il ne faudrait pas de gros moyens pour le rendre praticable à nouveau. Encore une fois, il s’agit de volonté politique. Une commune qui peut sortir plusieurs centaines de milliers d’euros pour un rond-point local a certainement les moyens de financer la sécurisation d’un sentier. D’autant plus que si elle se donnait la peine de chercher et de s’intéresser sérieusement à la mobilité douce, elle trouverait de nombreuses possibilités de subsides pour ce faire.

Au passage, signalons que les sportifs de la commune sont représentés par l’ancien Échevin des sports et fondateur du club de jogging de Nalinnes ainsi que par l’ancien Président du club d’Ham-sur-Heure tous deux partisans des nouveaux tracés. Mais il est à noter que dans les faits, ils ne représentent quasiment qu’eux-mêmes contrairement à ce qu’ils annoncent. Les membres des clubs concernés jugeront.

À droite, le tracé « Maes » passe entre des sapins et la ligne de chemin de fer.

Le conseil communal du jeudi 29 avril 2021

C’est ce 29 avril que le Conseil communal votera pour clore la procédure. La majorité au pouvoir sera-t-elle enfin respectueuse du choix de ses administrés ? Rien n’est moins sûr puisque l’ordre du jour laisse deviner une nouvelle entourloupe : une première décision sera prise en faveur du tracé historique pour assurer la sécurité juridique de la commune et respecter le jugement. Aussitôt fait, une deuxième décision sera prise en sens contraire pour avaliser le tracé « Maes » et supprimer le tracé historique. On comprend maintenant pourquoi il était nécessaire de présenter deux dossiers différents lors de l’enquête publique : l’un servait d’appât et l’autre de couperet. Un tel niveau de machiavélisme laisse sans voix.

Petite précision qui pourrait laisser supposer qu’un tel scénario aurait difficilement pu être proposé sans être concerté préalablement entre les demandeurs et le Collège communal : le cabinet d’avocats spécialisé représentant la société « Socralvi » et celui qui représente la commune pour d’autres dossiers est le même ! N’y a-t-il pas conflit d’intérêts ?

La question est de savoir si l’ensemble de la majorité communale adhère en bloc à ces pratiques ou si la raison démocratique l’emportera malgré tout. La relève se positionnera-t-elle en faveur des petites arrangements douteux alors qu’elle n’en est pas la cause ? Voter pour le tracé « Maes » c’est cautionner le passage en force et s’asseoir sur l’avis citoyen, et ça n’annonce rien de bon pour la prochaine législature.

Plusieurs contacts ont été pris ces derniers jours pour les informer en détail de la situation. Ils pourront donc voter en connaissance de cause. Le feront-ils ? Continueront-ils à regarder ailleurs ? Pour le savoir, nous vous invitons à suivre le Conseil communal ce jeudi 29 avril à 19h00 heures en live sur le Web et diffusé à partir de la salle « Le Hublot » à Beignée. Sur place et suite aux mesures sanitaires, il n’y aura que cinq places disponibles.

La saga du Laury se terminera-t-elle dans un sursaut de respect démocratique ou « Les amis de la Vallée du Laury » devront-ils reprendre leur bâton de pèlerin et y ajouter un nouvel épisode avec un recours auprès du ministre ?

Le tracé « Maes » passe devant la station d'épuration alors que le sentier historique longe l'Eau-d'Heure sur l'autre rive de l'autre côté de la station.
Carte de la vallée du Laury à Jamioulx

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